C’est marrant parce qu’après mon dernier wagon de nouvelles, vous m’avez tous répondu que j’avais l’air triste, et vous m'avez rassurée que vous ne m’oubliez pas !!! Alors que ce que je voulais vous transmettre, c’était que moi je ne vous oubliais pas ! Peut-être qu’inconsciemment finalement c’est ce que j’avais voulu écrire ! Qui sait ? En tous cas, parmi les gens qui m’ont répondu c’est vrai que cela faisait longtemps que je n’avais pas eu de nouvelles ! Certains m'ont montré les photos de leurs beaux bébés ! Tous les messages m’ont vraiment touchée ! Et si si !!! Les moments à la bibliothèque m’ont aussi marquée, ne t’inquiète pas David, j’en ai même des bons ! Le meilleur reste celui du restaurant !
« Ca y est, il n’y a plus de doute, la saison des pluies a recommencé : deux grosses averses en moins de 24 heures, accompagnées bien évidemment d’éclairs qui déchirent carrément le ciel. » Je vous écrivais ça il y a 10 jours environ…. Après ces deux averses, on n’a presque pas eu de pluie… Là à l’instant où je vous écris, à moins d’avoir envie d’une douche, il ne vaut mieux ne pas trop sortir !
Ensuite je continuais par : « On est dimanche, je suis seule, je suis chez moi avec Tiger, mon chien, qui joue avec sa queue… il doit, comme moi, essayer de trouver un moyen de tuer le temps. Il est très câlin et m’aide souvent à passer ces longs dimanches après-midis vides. Tiger est court sur pattes (« Mais non madame il n’est pas « court », il a la taille présidentielle !! » me rétorque un de nos employés). Il a une tête adorable de berger allemand version miniature, un croisement entre un teckel et un lycaon !!! Son bon fonds et sa nonchalance contrebalancent sa mauvaise éducation!! Essayer de lui mettre la main dessus est cause perdue quand il a dans la gueule une bouteille d’eau en plastique, ou un fil de fer, ou bien encore accessoirement un poulet du voisin !
Cette semaine après vous avoir annoncé le retour de nouvelles moins sporadiques, nous avons eu ici à Makokou la visite de Madame le Président de la République Gabonaise (Ali n’ayant pas encore prêté serment) pour l’inauguration du nouvel hôpital. « On voudrait cette fois que l’hôpital ne reste pas uniquement un beau bâtiment » m’avoue un des Européens qui a participé à la mise en place du matériel de cet hôpital au nom très original : l’hopital El Hadj Omar Bongo Ondimba ! En effet, il est bien là, beau, un peu (trop ?) excentré de la ville mais pour l’instant le personnel n’est pas encore trouvé ! »
Je finissais là mon récit ce fameux dimanche ! En tous cas, cette journée fut une journée bien chaude comme la saison des pluies sait en faire ! J’avais mis ma veste et mes talons, ça en a bluffé plus d’un ! D’habitude les gens ne peuvent pas trop louper que je suis forestière ! J’ai même réussi à attirer le regard d’un monsieur (ministre ?) qui était venu pour l’occasion !
Sinon les nouvelles de la brousse vous en voulez ? Sautez les deux prochains paragraphes ceux qui n’en veulent pas ! Récemment on a entendu un éléphant ! Tout près, les gars flippaient. Moi aussi, un éléphant, c’est gros, mais en forêt c’est invisible ! Il vaut quand même mieux être attentif quand on l’entend barrir (merci Sam pour le terme exact !). Parce que s’il a décidé de vous charger, ce ne sont pas le petits ni même les moyens arbres qui vont l’arrêter !!! Une fois certains qu’il ne venait pas dans notre direction, on a continué ! En fait cette fois-ci quand nous somme retournés sur nos pas, il y avait deux sortes de traces, des grosses et des petites ! Une maman éléphant avec son bébé ! Voilà pourquoi elle n’était pas contente ! Le même jour on a entendu les chimpanzés… Eux non plus ils n’étaient pas très contents que l’on « viole » leur territoire… ils n'étaient pas très accueillants!! Mais comme on n’en voit pas tous les jours, (d’ailleurs cette fois-ci je ne l’ai ai pas vus, ils étaient trop hauts, et le sous-bois trop dense) j’étais quand même joyeuse. Pour clore le spectacle, cette journée était encore baignée de couleurs intenses. Il n’existe pas beaucoup de spectacle aussi merveilleux que les fins de journées de brousse, l’intense contraste entre le ciel bleu, la forêt verte, la route rouge et les nuages jaunes me fascine toujours autant! (comme si cela faisait très longtemps !!!) Forte de toutes ces couleurs, je peux à présent entrevoir le bonheur de la douche !Aaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhh!!!
Samedi dernier quand nous sommes sortis, nous avons vu non pas les éléphants directement mais les indices qu’un troupeau était passé sur la route, les bambous des bas-côtés déchirés, des belles bouses bien fraîches et odorantes jonchaient la latérite ! Ce qui était un peu exceptionnel c’est qu’on voyait qu’ils avaient longé la route pendant près d’un kilomètre, une route nationale !!! je ne sais pas si vous imaginez un peu l’effet que ça peut faire de tomber nez-à-nez avec un troupeau d’éléphants pendant que vous êtes en train de conduire, surtout qu’ici comme le reste de la population, ils ne sont pas commodes ! Je vous envoie aussi une petite photo d’un panneau (sur une route qui mène à une station de recherche !!), ça illustrera mon propos !
Pour finir de vous décrire cette fois-ci mon environnement, je vous envoie qq photos de mon nid !!!
Petite prise de conscience,
Cela fait trop longtemps que je vis sans nouvelles de vous, et cela fait trop longtemps que je ne vous donne pas des miennes… vous le vivez bien, jusqu’ici moi aussi, mais dans le fond cet état de fait me dérange aujourd’hui. Non pas en effet que nous sommes ou étions tous très proches les uns des autres, mais je n’ai tout de même pas envie de devenir une étrangère…
Vivre à l’étranger ne veut pas forcément dire vivre comme une étrangère. C’est à celui qui part qu’il incombe de donner des nouvelles. Et moi je ne le fais que sporadiquement avec un cercle très restreint de personnes, un microcosme de gens dont je ne peux pas me passer (si vous recevez plus d’un mail par semestre vous faites partie de ceux-là) et c’est là que je suis dans le faux !
Pourtant je ne veux pas perdre pied, je ne veux pas me « gaspiller » comme on dit ici au Gabon. Je me pose souvent la question sur les raisons voire les causes de mon départ, de mes départs… Qu’est-ce que je cherche ? Dans quel but ? Pour prouver quoi et à qui ? Et surtout pourquoi ? Et plus en rapport avec ce mail (je ne sais pas encore quelle forme vont prendre ces quelques lignes) pourquoi je me suis éloignée pas seulement physiquement mais également socialement de mes amis et parents ?
Si je vous écris aujourd’hui, c’est que quelque part au fond de moi, je « souffre » comme disent les Gabonais. Je souffre de ne pas trouver une Afrique proche de celle de mon imaginaire, je souffre de la difficulté de la vie ici ou plus exactement de la dureté de la vie ici. Et quand je parle de dureté, n’entendez pas la difficulté de trouver un cinéma, un bout de roquefort ou de passer des soirées à la seule lueur de la bougie à cause d’une énième coupure d’électricité. Je parle de la difficulté de trouver un interlocuteur fiable qu’il soit blanc ou noir, de l’extrême difficulté de tisser des relations avec des gens, qu’ils soient hommes ou femmes, de la dure réalité : personne ici ne vient vers toi « nu » que tu sois noir ou blanc, homme ou femme ! Je dois paraître certainement très naïve aux yeux de certains… peut-être un peu radicale aux yeux d’autres, certains ne doivent même pas comprendre mes états d’âme car je pense que je ne les aurais pas compris moi-même sans avoir passer un peu de temps ici. D’autres enfin me rétorqueront que « chez nous » c’est pareil ! Il n’y a pas de vérité dans ce que je dis, ces mots ne sont là que pour exprimer mon cœur ! Cette situation ou plus précisément ma manière de vivre cette situation réduit ma vie sociale à une peau de chagrin…
Heureusement mon travail est extrêmement intéressant, passionnant. Je passe des journées en forêt à voir toutes sortes d’animaux, à m’émerveiller des jeux de verts et des rayons du soleil. Mais même dans ce domaine, j’ai des désillusions. Etre responsable au Gabon, cela veut dire être chef, être patron au sens le plus ingrat du terme. Il est quasi mal vu de se montrer gentil, ici c’est considéré comme une faiblesse. Les gens finissent par vous prendre un bras alors que vous ne vouliez leur donner que le petit doigt. Des fois je réagis par l'hystérie tellement la situation est grotesque et ce n'est pas bon. J'ai donc tout faux et je vis assez mal cette situation. J’ai déjà du mal à me considérer "responsable", alors patronne !!! La seule chance que j’ai, c’est que mon adjoint ne soit pas comme ça. Il ne prend pas ma « gentillesse » pour une faiblesse, n’en abuse pas et me respecte malgré tout. Je crois que s’il n’était pas là je n’aurais jamais tenu aussi longtemps. Je lui dirai un jour au moment opportun.
Ces lignes sont pour vous faire comprendre que malgré mon éloignement accompagné d’un silence, je pense à vous, même si nous n’étions pas cul et chemise, enfin surtout aux moments passés ensemble, des après-midis d’été au soleil sur les rives de la Meuse, les barbecues au foyer, les randos raquette, les crises de shopping de sous-vêtements avant un mariage, les cubis de rhum descendus, les conversations sans queue ni tête, les coups de gueule, les coups de blues, les grains de sable entre les doigts de pieds, les mains qui sentent la bouse après avoir caressé un chiot, les chapeaux, les regards tendres ou furieux, l’amour fou sous un toit, les verres de vin en terrasse, les fatouches partagées dans un parc, les dîners qui se finissent au champagne et en pleurs à trois heures du matin, les siestes dans mon hamac, j’en passe et des meilleures tous ces moments qui faisaient que je n’étais pas une étrangère à vos yeux.
Ce que j’essaie de vous dire depuis tout à l’heure, c’est : je vais vous donner plus de nouvelles, j’espère en recevoir plus des vôtres surtout que beaucoup d’entre vous deviennent papa ou maman et que tout ça me fasse de moi qqun de proche malgré la distance.
Sincèrement,