deuxième Barda

Publié le par Sophie Dirou

Deuxième barda… ce qui est vraiment bien avec la brousse, c’est qu’on a toujours hâte d’y aller et qu’on a toujours hâte d’en sortir aussi ! Le dernier séjour avec mes gars en brousse était vraiment intéressant ! J’ai donc pas mal de petites aventures à vous raconter.

Bon tout d’abord pour resituer le contexte : je ne vais pas vous dire que je travaille en forêt tropicale dense humide, ça vous le savez déjà ! Par contre ce que vous ne savez peut-être pas c’est qu’ici c’est la fin de la saison sèche, et donc par conséquence pas très étonnante le début de la saison des pluies. Bon et puis qu’est-ce que je fais en forêt ??? Je pourrais vous dire que je compte les arbres mais vous allez trouver ça un peu « cui-cui-les-petits-oiseaux », pourtant c’est ce que je fais, enfin disons que je regarde et surveille mes petits gars (façon de parler) tout musclés qui comptent les arbres. Je dois dire qu’il y a une bonne ambiance entre eux mes prospecteurs (c’est le nom qu’on leur donne à mes petits gars). Du coup, il y a souvent des fous rires qui se mêlent aux crissements nocturnes des insectes et les cris des singes et des oiseaux… surtout qu’un de mes compteurs, Saint Louis, il a le rire le plus communicatif que j’ai jamais entendu… on l’entend à des kilomètres à la ronde. Je me dis que sa femme est doit bien rigoler elle aussi. et puis il faut bien avouer il est drôle… sinon il serait un peu comme des fraises sans chantilly, vous voyez ? C’est bon les fraises mais avec la chantilly c’est quand même le must !!! même si certains d’entre vous les préfèrent avec un filet de citron ou un peu de rosé !

Bon tout ça pour dire, que mardi de la semaine dernière, je suis rentrée en forêt avec un petit machetteur (il s’appelle Franck BOBO) et Jérôme qui m’aide pour ce travail, paquetage au dos (tente, nourriture, linge, matériel) presque une tonne. On a marché 6 kilomètres dont 1,5km dans les marécages ! Je peux vous dire qu’au moment où j’ai enlevé mon sac j’ai eu la douce impression d’avoir atterri sur la lune ! Même si c’est parfois difficile, la brousse vous permet de découvrir des sensations uniques ! Après être arrivés, il faut trouver du bois mort pour faire un feu et couper des petits arbres pour tendre la bâche ! Tout se passe bien, jusqu’au moment où, enfer et damnation !!! je me rends compte que je n’ai emporté qu’un seul pantalon. Ah ouais vous trouvez ça futile, mais je vous dis hein ? (expression bien gabonaise) que mes préoccupations sont loin d’être d’ordre esthétique mais purement d’ordre, disons, pratique et qu’un deuxième pantalon représente un des éléments du peu de confort que l’on peut trouver au fin fond de la jungle... Ouais ! j’en rajoute un peu, mais ça ne sert à rien de vous écrire si je ne vous fais ni rire, ni rêver ! Ce n’est quand mêmplutôt e pas très loin de la vérité. Parce que quand vous avez marché des kilomètres en forêt, les pieds non pas humides mais trempés et que le bas de votre pantalon colle à vos jambes, vous êtes bien contents d’avoir un futal de rechange. Donc j’ai eu la mauvaise idée d’enlever mon pantalon pour le faire sécher près du feu et de mettre ma serviette autour de ma taille. Pourquoi c’est une mauvaise idée ? parce que voyant ma chair fraîche, les milliers de mouches filaires avec leur dar se ruent sur vous et vous piquent de partout. Et sans parler du fait qu’elles fassent mal, en plus après vous gonflez !!! Par exemple, mes pieds débordaient de mes tongs ! les soirs d’après j’ai préféré garder mon pantalon trempé !!! 


Après avoir savouré un délicieux repas de bâton de manioc avec une boîte de sardines (ironique moi ?), nous sommes sagement allés nous coucher. Et vers 4 heures du matin, la pluie est arrivée. Elle est repartie vers 10 heures ! Dans ces cas-là on ne travaille pas, voire on ne sort pas de sa tente ! Quand nous sommes enfin sortis, nous avons eu la bonne surprise de nous retrouver sur une île… Parce qu’on campe toujours à côté d’une rivière ! et là en fait, la rivière avait repris tous ses bras que la saison sèche lui avait coupés. A ce moment, la brousse c’est chiant, vous avez intérêt à avoir un bon bouquin ou un bon compagnon (comme moi) sinon c’est la mort d’ennui qui vous attend ! Remarque vous n’êtes pas seul(e), les mouches de la veille qui ont bien compris que vous allez rester là quelques jours, vous tiennent compagnie, elles vous savourent. Et puis elles ont prévenu leurs copines les abeilles et les moucherons. C’est comme ça que ma pauvre oreille droite a connu deux épisodes traumatisants : un moucheron logé tout au fond tout au fond (ça fait un vacarme pas possible ces petites bêtes quand elles sont à quelques millimètres de votre tympan !!) et puis une piqûre d’abeille qui y a laissé son dar ! C’est seulement quand la nuit tombe et qu’elles doivent rentrer au bercail, que vous êtes tranquilles !

Le lendemain, il n’a pas plu mais l’eau avait encore monté, et donc notre île rétréci. On est parti travailler. Ce qui est fou avec le travail en forêt, c’est que les gars dès qu’ils ont fini, ils courent presque pour retourner à la bâche ! Et moi avec mon allure d’escargot, accentuée par l’environnement pas très propice à la course à pied, pour ne pas me retrouver toute seule perdue à la merci des gorilles et autres bêtes féroces, j’en coince toujours un ou deux derrière moi. Ils n’osent pas me dépasser donc je ne reste jamais seule… de toutes façons c’est plutôt déconseillé !!!

Voilà notre dernier jour arrive, il faut repartir. L’eau a encore monté !!! Et du coup le retour se transforme en film sur la guerre du Vietnam. Sac au dos, un peu moins lourd parce que la nourriture a été mangée, nous sommes repartis l’eau jusqu’à la taille. Et bien contrairement à ce que j’aurai pu croire, c’était super !!! la lumière était belle et l’expérience unique ! Je pourrais dire à mes petits enfants (si j’en ai un jour) j’ai joué dans Apocalypse Now… ce n’est quand même pas donné à tout le monde!!

Publié dans Gabon

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