étrangère, pas encore... pas envie...

Publié le par Sophie Dirou

Petite prise de conscience,

Cela fait trop longtemps que je vis sans nouvelles de vous, et cela fait trop longtemps que je ne vous donne pas des miennes… vous le vivez bien, jusqu’ici moi aussi, mais dans le fond cet état de fait me dérange aujourd’hui. Non pas en effet que nous sommes ou étions tous très proches les uns des autres, mais je n’ai tout de même pas envie de devenir une étrangère…

Vivre à l’étranger ne veut pas forcément dire vivre comme une étrangère. C’est à celui qui part qu’il incombe de donner des nouvelles. Et moi je ne le fais que sporadiquement avec un cercle très restreint de personnes, un microcosme de gens dont je ne peux pas me passer (si vous recevez plus d’un mail par semestre vous faites partie de ceux-là) et c’est là que je suis dans le faux !

Pourtant je ne veux pas perdre pied, je ne veux pas me « gaspiller » comme on dit ici au Gabon. Je me pose souvent la question sur les raisons voire les causes de mon départ, de mes départs… Qu’est-ce que je cherche ? Dans quel but ? Pour prouver quoi et à qui ? Et surtout pourquoi ? Et plus en rapport avec ce mail (je ne sais pas encore quelle forme vont prendre ces quelques lignes) pourquoi je me suis éloignée pas seulement physiquement mais également socialement de mes amis et parents ?

Si je vous écris aujourd’hui, c’est que quelque part au fond de moi, je « souffre » comme disent les Gabonais. Je souffre de ne pas trouver une Afrique proche de celle de mon imaginaire, je souffre de la difficulté de la vie ici ou plus exactement de la dureté de la vie ici. Et quand je parle de dureté, n’entendez pas la difficulté de trouver un cinéma, un bout de roquefort ou de passer des soirées à la seule lueur de la bougie à cause d’une énième coupure d’électricité. Je parle de la difficulté de trouver un interlocuteur fiable qu’il soit blanc ou noir, de l’extrême difficulté de tisser des relations avec des gens, qu’ils soient hommes ou femmes, de la dure réalité : personne ici ne vient vers toi « nu » que tu sois noir ou blanc, homme ou femme ! Je dois paraître certainement très naïve aux yeux de certains… peut-être un peu radicale aux yeux d’autres, certains ne doivent même pas comprendre mes états d’âme car je pense que je ne les aurais pas compris moi-même sans avoir passer un peu de temps ici. D’autres enfin me rétorqueront que « chez nous » c’est pareil ! Il n’y a pas de vérité dans ce que je dis, ces mots ne sont là que pour exprimer mon cœur ! Cette situation ou plus précisément ma manière de vivre cette situation réduit ma vie sociale à une peau de chagrin…

Heureusement mon travail est extrêmement intéressant, passionnant. Je passe des journées en forêt à voir toutes sortes d’animaux, à m’émerveiller des jeux de verts et des rayons du soleil.  Mais même dans ce domaine, j’ai des désillusions. Etre responsable au Gabon, cela veut dire être chef, être patron au sens le plus ingrat du terme. Il est quasi mal vu de se montrer gentil, ici c’est considéré comme une faiblesse. Les gens finissent par vous prendre un bras alors que vous ne vouliez leur donner que le petit doigt. Des fois je réagis par l'hystérie tellement la situation est grotesque et ce n'est pas bon. J'ai donc tout faux et je vis assez mal cette situation. J’ai déjà du mal à me considérer "responsable", alors patronne !!! La seule chance que j’ai, c’est que mon adjoint ne soit pas comme ça. Il ne prend pas ma « gentillesse » pour une faiblesse, n’en abuse pas et me respecte malgré tout. Je crois que s’il n’était pas là je n’aurais jamais tenu aussi longtemps. Je lui dirai un jour au moment opportun.

Ces lignes sont pour vous faire comprendre que malgré mon éloignement accompagné d’un silence, je pense à vous, même si nous n’étions pas cul et chemise, enfin surtout aux moments passés ensemble, des après-midis d’été au soleil sur les rives de la Meuse, les barbecues au foyer, les randos raquette, les crises de shopping de sous-vêtements avant un mariage, les cubis de rhum descendus, les conversations sans queue ni tête, les coups de gueule, les coups de blues, les grains de sable entre les doigts de pieds, les mains qui sentent la bouse après avoir caressé un chiot, les chapeaux, les regards tendres ou furieux, l’amour fou sous un toit, les verres de vin en terrasse, les fatouches partagées dans un parc, les dîners qui se finissent au champagne et en pleurs à trois heures du matin, les siestes dans mon hamac, j’en passe et des meilleures tous ces moments qui faisaient que je n’étais pas une étrangère à vos yeux.

Ce que j’essaie de vous dire depuis tout à l’heure, c’est : je vais vous donner plus de nouvelles, j’espère en recevoir plus des vôtres surtout que beaucoup d’entre vous deviennent papa ou maman et que tout ça me fasse de moi qqun de proche malgré la distance.

Sincèrement,

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